RETIRADA. Membre d’un groupe de travailleurs étrangers, il est mort à 99 ans.

Fernando Serena de Medina est né à Belalcazar dans la province de Cordoba (Andalousie), le 29 octobre 1919. À la déclaration de la guerre civile espagnole, lycéen, il est âgé de 17 ans. Mentant sur son âge, il s’engage comme soldat de l’armée républicaine et est affecté dans l’armée de l’air à Valence.

Durant la Retirada, défendant une sous-station électrique, il est blessé à un pied à Vic le 31 janvier 1939 et a passé la frontière le 9 février. Il est ensuite interné au camp d’Argelès-sur-Mer.

Réparer les dégâts de l’Aigat

Le 10 novembre, il est intégré dans le Groupement de travailleurs étrangers (GTE) n°409, composé de 200 républicains espagnols dirigés par le commandant Didier. Ce GTE est affecté à Ille-sur-Têt pour participer aux travaux de reconstruction des canaux d’arrosage et des rives de la Têt et du Boulès, suite à l’Aiguat d’octobre 1940. Les 200 travailleurs étaient répartis en plusieurs sections dirigées par un chef d’équipe et œuvraient sur différents chantiers. Celui où travaillait Fernando Serena de Medina était chargé de creuser le lit du canal d’Ille à La Guillère.

Cantonnés avec 27 autres camarades aux écuries des neuf fontaines, ils rejoignaient en colonnes et à pied chacun des chantiers. Chaque journée de travail durait 8 heures, entrecoupées d’une pause d’une heure pour le repas de midi.

C’est lors d’un moment de repos que Fernando Serena de Medina a tué un sanglier. « Maté al jabalí con un pico » (« J’ai tué le sanglier d’un coup de pioche »).

Mouvement de contestation

En mars 1941, il est envoyé avec d’autres travailleurs espagnols dans la forêt de Valmanya sur un chantier forestier et de fabrication de charbon de bois. Il a organisé sur place un mouvement de contestation des conditions de travail et d’hébergement. Réprimé par les autorités de Vichy, il est renvoyé au camp spécial disciplinaire d’Argelès-sur-Mer, puis au camp disciplinaire du Vernet en Ariège. De là, il est déporté en avril 1941 avec d’autres républicains au camp disciplinaire de Djelfa en Algérie. Sur le chantier du Transaharien, les conditions de travail étaient inhumaines. Les internés subissaient un véritable régime de travail forcé.

Il a été libéré le 5 juin 1943 par la brigade américaine Lincoln, puis a travaillé 3 mois au port de Liberty. Fin 1943, il est revenu à Ille-sur-Têt et a travaillé sur un chantier d’aménagement de marécage afin d’alimenter en eau d’arrosage les terres agricoles.

En 1949, il a travaillé dans la métallurgie en région parisienne. Et à sa retraite, il s’est installé à Ille-sur-Têt.

Malgré les difficultés liées à son grand âge, Fernando Serena de Medina s’est impliqué dans le travail de mémoire engagé par la municipalité sur les GTE à Ille. Président d’honneur de l’Association Memoria, il a reçu, le 1er mai 2005, des mains du premier magistrat Henri Demay, la médaille d’honneur de la ville.

Dominique Benoit et Jérôme Parrilla-Pagès ont retracé l’histoire de cette vie pour Les cahiers des amis du vieil Ille.

L’Indépendant