De par sa situation géographique, le coin de terre exigu que recouvre le Roussillon a connu un destin agité.

407 – 865 Vandales / Wisigoths / Arabes / Francs

865 – 1172 Comté de Besalu

1172 – 1276 Comté de Barcelone – Royaume d’Aragon

1276 – 1344 Royaume de Majorque

1344 – 1462 Royaume d’Aragon

1463 – 1493 Louis XI

1493 – 1640 Royaume d’Aragon

L’invasion des Barbares, l’occupation par les Arabes, les luttes qui se perpétuèrent au cours des siècles furent désastreuses pour la région qui en fut le théâtre principal, en tant que lieu de passage et lieu de rencontres.

Après l’époque des invasions barbares, elle connut une période plus complexe et plus troublée encore, celle du Haut Moyen-Age.

En 814, l’armée du roi Louis d’Aquitaine soumit toute la Catalogne y compris Barcelone et des Comtes furent nommés pour gouverner le pays.

Le Roussillon, comme l’ensemble de la Catalogne, prit progressivement son indépendance par rapport à l’Empire Carolingien. Le déclin du pouvoir royal renforce le pouvoir comtal. Les comtes auparavant fonctionnaires révocables, deviennent des administrateurs indépendants et fondent des dynasties familiales et héréditaires, processus qui pour le comté de Roussillon débute avec Suniaire II, mort en 915.

Son unité administrative coïncide avec les limites de frontières définies par le pouvoir carolingien, modifiées ensuite vers l’ouest avec la puissante maison de Cerdagne Besalù, probablement par la force entre 878 et 909, avant de se séparer définitivement du Comte d’Empùries, au sud, en 991.

Très tôt (au Xème et XIème siècle), la société féodale se met en place en Catalogne. Cette nouvelle organisation sociale génère des violences entre seigneurs rivaux. Aussi l’église, de façon à assurer la protection des paysans, institue la “Paix de Dieu”.

Après les conciles de Toulouges (1027) et de Nicée (1041), la “Trêve de Dieu” adopte des résolutions pragmatiques en délimitant un espace sacré, distant d’un rayon de trente pas autour de l’église. C’est la “cellera” où sont élevés les celliers, essentiellement pour la protection des récoltes, mais servant également d’asile aux habitants en période de violences. Peu à peu, l’habitat se substitue aux greniers et conserve comme point d’appui un parcellaire en lanières entre enceinte fortifiée et rue.

Durant cette période, l’habitat est généralement édifié, soit classiquement autour de l’église soit, mais c’est plus rare, au pied d’un château. Ces éléments associés sont des repères structurants pour le territoire et témoignent de la répartition tripartite de la société féodale.

De la fin du XIIème jusqu’au milieu du XIVème siècle, l’urbanisation s’effectue hors de la cellera, souvent en ordre concentrique, l’apparition de rues, de places, l’érection d’enceintes nouvelles, dont de nombreux vestiges subsistent aujourd’hui. Ainsi naît le castrum, le village fortifié, dont la cellera n’est plus que le coeur.

Alors que l’habitat, dans les campagnes se structure, la naissance des villes vient apporter de nouveaux projets d’organisation sociale et spatiale. Elles instituent un cadre social nouveau indépendant du pouvoir seigneurial, même si celui-ci est à l’origine de leur fondation et des libertés consenties.

Le 26 août 1262, Jacques le Conquérant règle sa succession: Pierre, l’aîné, conserve l’Aragon, la Catalogne, Valence. Jacques, le cadet, reçoit Majorque, le Roussillon et la seigneurie de Montpellier.

Le royaume de Majorque dont la capitale est Perpignan, est un état prospère au développement exceptionnel du commerce, de l’économie en général et des mouvements artistiques.

En 1344, Pierre III d’Aragon confisque à Jacques de Majorque son domaine et l’annexe à sa couronne. Cette fin tragique et douloureuse est la préfiguration d’une période troublée sous tutelle aragonaise.

Au siècle suivant, la terre abandonnée, les populations disséminées, les exactions des bandes armées aux abords de la frontière de France, vont bouleverser le paysage des campagnes et le paysage urbain. Les traces de déplacement de l’habitat, de la construction de nouvelles enceintes, sont fortement perceptibles et identifiables et constituent des éléments majeurs de l’image patrimoniale des villages.

Perpignan, mais les bourgs plus modestes aussi, s’enveloppent de nouvelles enceintes. Les fortifications donnent aux agglomérations une plus grande ampleur en prenant en compte, autour du vieux noyau primitif situé au pied de l’église, un nouvel espace urbanisé.

La période des fortifications en Roussillon

Région frontière, le département des Pyrénées Orientales conserve de nombreux exemples de fortifications depuis l’époque romaine jusqu’au XIXème siècle.

Dans la plaine du Roussillon proprement dite, presque tous les villages médiévaux, tous peut-être, étaient protégés par des fortifications, dont il reste actuellement de nombreux vestiges. En effet la grande période de fortification en Roussillon remonte au Moyen Age et, plus précisément à la période majorquine (1276-1344). C’est durant cette courte période de 68 années que le petit état du Roussillon, ayant à se préserver de ses puissants voisins, voit son paysage militaire considérablement modifié.

Dès les années 1240-1250, Jacques Ier le Conquérant avait multiplié les autorisations de construire des fortifications, leur utilité fut surtout probante sous le règne de ses descendants. Les nombreuses localités de plaine et de montagne, trop peu développées pour se protéger derrière un “fort rempart de pierre et de chaux”, furent alors désertées au profit des villages fortifiés.

Bibliographie : Emile & Léon Delonca, Un village en Roussillon
Photos : Jacques Brest