L’église du Tiers Ordre des Carmes

XVIII ème siècle

les-carmes-01Au XVIII ème siècle, Ille est une des villes les plus importantes des comtés nord Catalans récemment annexés à la couronne française par le Traité des Pyrénées de 1659. Après les guerres et les épidémies qui ont éprouvé la région, la ville d’Ille lance plusieurs chantiers : la construction de l’église Saint-étienne (1661),la reconstruction de l’Hospice Saint Jacques (XVII et XVIII ème siècles), la construction de la grande chapelle de l’ermitage de Sant Maurici de Graolera et l’église du Tiers Ordre des Carmes.

La construction de cet édifice est due à la volonté d’un groupe de laïcs. Les travaux semblent avoir commencé vers le début du XVIII ème siècle. Les archives conservent un document qui mentionne une cérémonie célébrée dans cette église le 21 janvier 1718. Lors de la consécration de l’église paroissiale Saint-étienne, le 18 Novembre 1736, le cortège se forme à l’église des Carmes. La date gravée dans la pierre sur le fronton sculpté au dessus de la porte d’entrée (1766) indique donc la construction du portail et peut être un agrandissement réalisé à cette époque.

les-carmes-02Cet édifice est un exemple remarquable de l’architecture du XVIII ème siècle ; pour obtenir un édifice rectangulaire régulier, les constructeurs ont créé une entrée raffinée qui ressemble à un petit salon donnant accès à deux petites chapelles latérales.

La nef est rythmée par des piliers qui reçoivent les retombées des différents arcs doubleaux de la voûte. Des socles en bois polychromes accueillent des statues de Carmes dont la gestuelle nous entraîne vers le maître-autel. Entre chaque pilier, l’espace est occupé par des tableaux dont les sujets sont en rapport avec la dévotion des Carmes Déchaux et la dévotion populaire locale. Ces toiles ont été réalisées par l’atelier Guerra, un des plus grands peintres roussillonnais de cette période. La commune d’Ille sur Tet conserve la plus grande collection publique de cet artiste qui réalisa un grand nombre d’oeuvres dans le département Perpignan, Rivesaltes, Espira de confient. Catllar…

L’ordre des Carmes

les-carmes-03Au dessus de la porte, le blason sculpté de l’ordre des Carmes représente le bras avec l’épée enflammée du prophète Elie. Cette épée illustre le combat d’ Elie contre les prêtres de Baal. Le mont Carmel est représenté sur le blason (repris à l’intérieur sur les socles des statues et sur les grilles de l’autel), la Vierge Marie y serait venue dans sa jeunesse et retournée après l’Ascension. Les étoiles sur le blason, se rapportant à la vision de la Vierge au delà des âges par le prophète Elie. Les Carmes transmettent donc une dévotion à Notre Dame du Mont Carmel.

Selon la Bible, Elie et quelques disciples se seraient retirés sur le mont Carmel. Au temps des croisades, la vie monastique connaît une renaissance importante. En 1224 la règle est promulguée par le pape : elle met en évidence l’isolement, la prière constante jour et nuit. Simon Stock adapte au XIII ème siècle la règle au mode de vie des ordres mendiants occidentaux.

Peu à peu des éléments de règle sont adoucis. En 1562, sous l’impulsion de sainte Thérèse d’Avila et de Saint jean de la Croix une nouvelle branche de l’ordre plus austère est formée : les Carmes Déchaussés.

Dans le département l’installation des Carmes est facilitée en 1268 par le roi d’Aragon. Dès son retour des croisades, celui-ci crée le couvent de Perpignan. C’est seulement à Céret en 1632 que sera fondée la deuxième maison roussillonnaise; Les Carmes Déchaux s’installent à Perpignan en 1589, peu de temps après la création de l’ordre en 1568. L’église des Carmes d’Ille a été érigée grâce aux ressources propres du Tiers Ordre qui comptait de riches familles illoises. Emmanuel Cavalier et joseph Ferréol donnent le terrain en 1717. Dès le mois de janvier suivant, on y célèbre le mariage de joseph Coderch avec Anne Lacreu. La famille Cavalier cède en 1729 un autre terrain pour l’agrandissement de l’édifice. Une ouverture aménagée dans le mur mitoyen de leur demeure permettait d’assister aux offices célébrés à l’époque par l’ordre des franciscains d’Ille.

Le mobilier

Les tableaux d’Antoni Guerra Minor (1666- 1711), de la gauche vers la droite à partir de l’entrée

les-carmes-041- Saint Jérôme au désert -1697- (exposé à l’Hospice d’Ille)
2- Saint Antoine de Padoue et l’Enfant – début XVIII ème. Cette toile n’est pas issue de l’atelier Guerra (en restauration)
3- L’immaculée Conception – 1697
4- La Trinité – 1697
5- La gloire de Saint Joseph – 1697
6- Saint Sébastien soigné par la veuve Irène – 1697
7- La Sainte Conversation (entre Sainte Thérèse d’Avila et Saint Augustin) – 1697 inscription ” A la lecture des confessions de Saint Augustin, Sainte Thérèse d’Avila applique son âme à une plus grande rigueur’
8- Saint François Xavier évangélisant l’Asie – ler tiers du XVIII ème siècle

Les autres éléments du patrimoine mobilier

les-carmes-051- Le retable du maître-autel – milieu XVIII ème siècle. Auteur inconnu à ce jour. Il est très inspiré par le retable du maître autel de l’église paroissiale Saint-Etienne. Au centre, la statue de Notre Dame des Victoires est venue remplacer la statue d’origine de Notre Dame du Mont Carmel, conservée chez un particulier. L’identification des saints Carmes de chaque côté est rendue difficile par l’absence de signes distinctifs.
2- Statues de saints et de saintes Carmes et leurs socles – milieu XVIII ème siècle
3- Christ en croix (croix de procession) – XVIII ème siècle (?)
4- Statue de carmélites (dans le choeur) – XVIll ème et XIX ème siècles.
5- Christ en croix – 1992- huile sur plaques de métal – Marc André 2 Figuéres.

L’atelier Guerra

st-francois-xavierCet atelier occupe une place importante dans la production picturale roussillonnaise. Il est composé de trois intervenants différents : Antoni Guerra Major (1634-1705) et ses deux fils, Antoni Guerra Minor (1666 – 1711 ) et Francesc Guerra (1681- 1729).

Antoni Guerra Major s’inscrit dans la tradition des peintres doreurs, il réalise la dorure et la peinture de tabernacles, de statues, de retables (exemple retable du Rosaire de Mosset) ainsi qu’un grand nombre d’huiles sur toile. Il est formé par Hieronim Hortosol, doreur et peintre renommé qui collabore aux retables de LLatzer Tremullas. Il semble s’installer à son compte en 1661. Il vit relativement bien de son métier. Il a pignon sur rue et est nommé recteur du collège de Saint-Luc en 1698, ce qui témoigne de la reconnaissance de ses confrères.

Au niveau stylistique Antoni Guerra Minor véhicule une tradition picturale hispanique.

Antoni Guerra Minor a semble-t-il été formé en partie dans l’atelier paternel. Il se consacre uniquement à la peinture sur chevalet et revendique son métier de peintre. Il a à ce sujet une attitude différente du reste de ses confrères. Son art est reconnu, il réalise le portrait de Sa Majesté Philippe V d’Espagne lors de son passage à Perpignan (1702-1703) Antoni Guerra Minor portera sa vie durant le titre de peintre officiel du roi d’Espagne.

Les témoignages de sa production picturale sont variés : toiles intégrées dans des retables (Rigarda, Cattlar…), portraits de riches familles (portrait du Senior Riu…), peintures de chevalet. Son activité officielle est recensée à partir de 1694 jusqu’en 1711. Il se démarque de son père au niveau stylistique par une plus grande souplesse et une influence italianisante dans le traitement des sujets.

Antoni Guerra Minor dirige un atelier important mais la valeur financière de ses tableaux n’est pas très élevée comme en témoigne l’inventaire dressé après son décès en 1711. Il a donc des revenus relativement modestes. Il accueille son frère Francesc au sein de l’atelier et en assure vraisemblablement la formation, ce dernier prendra la relève à la mort de son frère en 1711.

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Pour visiter l’église, poussez la porte…

Textes : Alain Sanchez – Hospici d’Illa
Photos : Jacques Brest