“Si vous n’êtes pas venu à Ille en cette belle matinée de Pâques, non, vous ne connaissez pas Ille et c’est vraiment dommage.”

C’est ainsi que le regretté Charles Lafon concluait un de ses articles au sujet des fêtes pascales à Ille.
Depuis 1891, de façon immuable, les Reginas de Coll et Colomer sont célébrées avec éclat et ferveur par les illois qui ne manqueraient pour rien au monde cette célébration.

Déroulement dans la tradition

A l’aube (5 heures du matin), des roulements de tambours ont signifié aux illois qu’un événement important a eu lieu : le Christ est ressuscité…
La célébration de cette résurrection qui coïncide avec le renouveau de la nature, l’éclosion des premières feuilles et des bourgeons revêt dans cette cité un caractère particulier. Unique dans les Pyrénées Orientales, cette célébration est un exemple de la vivacité de ce patrimoine religieux catalan qu’Ille sur Tet a su si jalousement préserver.
Comme le disait un vacancier au regretté Lucien Castillo (qui a présidé pendant 20 ans le Groupe Folklorique Illois) : “Le Christ meurt à Perpignan lors de la Procession de la Sanch du Vendredi Saint et ressuscite à Ille le Dimanche de Pâques!..”.
A huit heures précises, place de la mairie, au milieu d’une foule dense, silencieuse et recueillie, la statue du Ressuscité et celle de la Vierge venant de deux rues opposées se rencontrent et se saluent par trois fois : c’est “l’acato”…Les roulements de tambours accompagnent cette rencontre et nul ne peut rester indifférent, croyants, incroyants, spectateurs, curieux, tout le monde ressent une émotion profonde qui étreint et bouleverse…C’est alors qu’éclate le Régina de Coll, chanté par 130 choristes accompagnés par un orchestre de 40 musiciens.
Ensuite une procession derrière les statues portées sur les épaules robustes des “porteurs” qui se relaient tout au long du parcour, on se dirige vers les Jardins de la Rodona. Là, au milieu des glycines en fleurs, sera interprété le Régina de Colomer.
Enfin on regagnera la vaste église Saint-Etienne archicomble où, au cours de l’office religieux,seront repris les deux réginas.

Coll et Colomer

Quand nous demandions aux vieux Illois, en parlant des Reginas de COLL et de COLOMER, Qui est COLL ? Qui est COLOMER ? A quelle époque vivaient-ils ? Aucun ne pouvait situer dans le temps l’existence de ces deux compositeurs de talent.
C’est pourquoi nous nous sommes penchés sur les archives et nous avons trouvé des dates et des notes biographiques que nous nous faisons un devoir de vous communiquer.
Nous remercions particulièrement M. A. MANYACH, neveu de COLL, des renseignements qu’il a bien voulu nous donner sur le curriculum vitae de son oncle.
Nous souhaitons que ces quelques notes donnent satisfaction à tous ceux qu’intéressent les manifestations d’art musical et religieux, et les incitent à mieux s’instruire de nos vieilles traditions locales.

Jean COLOMER : Notes biographiques

Jean COLOMER est né à Ille, le 30 Juin 1814, fils de Laurent et de Marthe PONS, époux de Marie SOBRA, décédé à Prades le 6 Mai 1903. Tel est dans sa concision administrative l’Etat Civil de notre compatriote.
Elève de Mme CANAVY, pianiste de talent, COLOMER fait de solides études musicales qui lui permettent, à 2l ans, de devenir organiste de l’église Saint-Etienne, fonctions qu’il conserve de 1835 à 1846. Pendant cette période il compose très probablement le Regina que la paroisse d’Ille a si pieusement conservé. Une telle oeuvre attire l’attention du Clergé sur le talent de COLOMER, qui est appelé à se fixer à Prades où il est, durant près d’un demi-siècle, professeur de musique au Petit Séminaire et organiste à l’église Saint-Pierre de cette ville.
Obligé donc de quitter Ille pour remplir ses nouvelles fonctions il ne l’oublie pas pour cela; il aime à se replonger dans l’atmosphère de son pays natal et lui conserve une véritable affection filiale. D’ailleurs, la veuve, pour se conformer aux dernières volontés de jean COLOMER, lègue, le 4 Avril 1904, une somme relativement importante à l’Hospice Saint-Jacques de notre ville.

ANALYSE DU “REGINA” DE COLOMER

L’orchestre, qui tient un röle aussi important que les choeurs à 3 voix, débute par un 4 temps terminé par une cadence de trompette, et les premiers ténors commencent par un court solo, suivi de quelques mesures de l’orchestre seul. Et le chant du Regina reprend par l’ensemble des exécutants. Le Quia quem, que les premiers ténors chantent également en solo est soutenu par les instruments corde en pizzicati; l’orchestre poursuit pendant quelques mesures et voici de nouveau un solo de premiers ténors le Resurrexit, repris par les autres voix. La musique prélude, l’Ora pro nobis d’une douceur quasi céleste interprété dans un mouvement adéquat et terminé par l’or­chestre seul. Ce qui nous conduit au final par le Regina du début avec une variante mélodique sur un mouvement plus anime.

Joseph COLL : Notes biographiques

Joseph COLL est né à Céret, le 17 Décembre 1826, fils de François et de Thérèse VILACECA, époux de Claire LACOMBE, décédé à Perpignan, le 23 Mars 1901.
Faisant preuve très jeune de bonnes dispositions pour l’art musical, son père lui donne les premières notions de solfège et l’élève dans les belles traditions catalanes qu’il conserve toute sa vie. COLL fait ses études au Cons­ervatoire de Perpignan en 1843, et M. LOMAGNE, directeur, reconnaissant ses brillantes qualités, lui prédit un bel avenir dans la carrière artistique.
En effet, deux ans après, Joseph COLL est admis au Conservatoire Royal de Musique de Paris, dont il remporte, la même année, les premiers prix de violon et de composition. En 1849, HALEVY et Ambroise THOMAS le font nommer comme professeur au “Cours Normal de Chant de la Ville de Paris”.
Quelque temps après son incorporation il est admis à l’Institut Musical Militaire et le 4 Août 1855, après avoir remporté un premier prix de composition, de solfège et de flûte, il est nommé chef de musique au 66è d’Infanterie. Le brillant chef est remarqué et chargé de réorganiser la musique de la Garde Impériale. HALEVY lui confie alors l’arrangement, pour musique militaire, de ses ouvertures les plus célèbres.
Il démissionne en 1856 pour retourner en Roussillon et vient se fixer à Perpignan où il est nommé chef d’orchestre du Théâtre, fonctions qu’il conserve pendant plus de vingt ans.
Joseph COLL a composé plus de 400 oeuvres sous forme de danses de caractère et de halls, ainsi que plusieurs opéras parmi lesquels “André CHESNIER” est considéré comme son chef-d’oeuvre.
Le Conseil de Fabrique de l’église Saint-Etienne à Ille le charge de composer spécialement un Regina pour cette paroisse; ce qui explique l’exclusivité que nous avons sur cette oeuvre dont la valeur artistique se signale autant par la puissance que par la forme harmonique parfaite de sa composition.

ANALYSE DU “REGINA” DE COLL

Un seul accord par l’orchestre et voici éclatant dans toute sa puissance de ses quatre voix le Regina Coeli, suivi du Quia quem, plus doux. Le Regina du premier motif re­prend, pour amener le Resurrexit chanté par les premiers ténors accompagnés des autres parties sur un même rythme.
Le leitmotiv caractéristique de l’oeuvre nous prépare cette fois à une douce prière, l’admirable Ora pro nobis, avec des alternances de douceur et de force, commencé parles voix graves et repris par tout le choeur. Le Regina du début clöture l’ensemble avec un final ralenti et mourant sur un pianissimo.

Charles LAFON

Conclusion :

Voila une tradition pascale maintenue depuis 1891 pour clamer la joie et la résurrection “Regina coeli lactare!Alleluïa!..” au travers des réginas de Coll et Colomer sous la direction musicale de M. Mariano MATILLA et M. Julien SELVA-BENEZIS.