
SAINT ESTEVE DEL PEDREGUET
S'il est à Ille un monument par trop méconnu, c'est bien l'église paroissiale.
Bien sûr, on
connaît
et on
admire son clocher, dont l'éclairage nocturne accentue encore la beauté. Mais on
a trop
souvent tendance à négliger l'église, qui, certes, ne contient pas autant de
retables baroques que les édifices du
Conflent
;
pourtant, chaque retable a son histoire, et l'ensemble apporte un témoignage
assez
remarquable sur l'évolution de la décoration religieuse depuis le XVIIIèm
siècle. Quant à l'architecture
du
bâtiment, le moins que l'on puisse dire est qu'elle est impressionnante, et il
est dommage que le
regard ne puisse prendre assez de recul pour contempler la façade ou avoir une
meilleure
vision d'ensemble
de cette petite "cathédrale". Nous avons donc jugé utile de réunir ici le
maximum de
renseignements qui permettront à tous de
découvrir ou de redécouvrir l'église St
Etienne.
DE LOINTAINES ORIGINES
Les recherches minutieuses de l'abbé A. Cazes lui ont permis de faire remonter notre église au moins au Xème siècle, puisque la première mention écrite connue date de l'an 982 il s'agit d'une donation à l'abbaye de Cuixà d'un alleu confrontant d'un côté "la terre de St Etienne". Cette première église St Etienne préromane occupait-elle le même emplacement que la nôtre ? Rien n'est moins sûr, dans la mesure où un acte de 1016 parle de la "vieille église". Ce qui nous paraît à peu près évident, c'est que la construction de l'église ne peut être dissociée de celle du château, auquel elle était accolée à l'ouest. Si nous voulons nous faire une idée de la forme et des dimensions de l'église médiévale, il nous la faut imaginer orientée d'ouest en est, vraisemblablement d'un côté à l'autre de la nef de l'actuel édifice.
Le
clocher jouait pour sa part un rôle important
dans la vie communale
:
construit à la manière d'un
donjon, il avait à l'origine un rôle défensif autant
que
religieux, et sa proximité du château (dont
l'entrée se situait dans l'actuelle rue de la Neige)
confirme si besoin était
le rôle militaire de cette construction. Dans
nos villages catalans généralement privés de beffrois, le clocher servait aussi aux
laïcs
: on s'y réunissait et l'on conservait les
documents importants dans une salle dont chacun
des trois consuls possédait une clé. Là
aussi étaient enfermés les reliques et
le trésor de l'église.
Construit à une époque qui nous demeure inconnue,
le clocher fut réparé et exhaussé à la fin du XIVème siècle, et on peut penser qu'un certain nombre
d'aménagements ultérieurs datent du XVIIème siècle. Il se présente sous la forme
d'une tour massive et quadrangulaire. Le premier niveau, entièrement-en
galets de rivière, est aveugle, ainsi que l'étage supérieur. Au-dessus,
un étage intermédiaire est éclairé par une large fenêtre sur les quatre faces.
Deux étages supérieurs sont percés sur
chaque face de deux fenêtres géminées.
Le dernier étage, enfin est crénelé,
les merlons étant terminés par des
pyramidions. Le marbre a été largement utilisé à
des fins décoratives
:
pierres d'angles et embrasures des
fenêtres ont fait appel à ce matériau noble qui
donne à l'édifice des reflets roses
accentués par la lumière du couchant.
Bien entendu, on ne peut parler du clocher sans
évoquer les cloches, d'autant plus remarquables que l'église d'Ille possède la
particularité d'avoir un
carillon de 16 cloches, allant du sol grave au ré,
soit une octave et demie donnant toutes les notes naturelles, plus le do et le
fa dièse.
Il a
été
inauguré en
1875.
Le
gros bourdon qui donne le fa
dièse grave est indépendant et a été fondu en
1757
(une autre cloche date de 1766). Ces cloches
étaient manoeuvrées à l'origine à l'aide de leviers et le
sonneur devrait les actionner à coups de
poing et de pieds, car il y a également un pédalier. Leviers et
pédaliers étaient reliés aux battants des
cloches au moyen de gros fils de fer.
Il fallait gravir 116 marches pour
être à pied
d'oeuvre. Plus tard, le
chanoine Bonafont fit actionner une partie du
carillon par un clavier électrique placé dans
une chapelle latérale de l'église et inauguré le 22 septembre
1933.
Aujourd'hui, bien sûr, tout est réglé
depuis la sacristie, et les carillonneurs ne
sont plus qu'un souvenir déjà lointain.
Quant au nom même de l'église, il ne pose pas de problème a priori, chacun connaissant St Etienne (en catalan St Esteve) et son martyre : Etienne était un diacre ordonné par les apôtres pour exercer le ministère. Il faisait beaucoup de miracles, s'attirant ainsi la colère puis la haine des prêtres juifs, qui décidèrent de le vaincre dans la discussion, par l'usage de faux témoins, puis enfin par les tourments physiques : ils se jetèrent sur lui, et, l'ayant entraîné hors de la ville, ils le lapidèrent. Voilà pourquoi la plupart des représentations du saint le montrent tantôt avec une pierre sur la tête, tantôt avec un livre sur lequel sont déposées trois pierres, ou encore, comme au fronton de notre église, dressé sur un tas de pierres. A partir du XVème siècle, l'église d'Ille commence à être appelée dans les textes "Sans Esteve del Pedreguet". Ce terme de "pedreguet' pourrait, selon certains, désigner un tas de pierres sur lequel aurait été construite l'église ; il serait alors une forme roussillonnaise du catalan "pedreguer". Pour notre part, nous aurions tendance à préférer une version apparemment plus logique, et à y voir une déformation de "pedregat", lapidé, ou bien encore le même "pedreguet", mais servant à désigner l'ensemble des pierre jetées sur le diacre. Il fallait en effet distinguer cet Etienne d'autres saints portant le même nom, par exemple St Etienne pape, un autre martyr fréquemment prié au Moyen Age.
Pour le reste, nous savons assez peu de choses de notre église avant le XVIIIème siècle. Emile Delonca nous apporte toutefois dans son ouvrage quelques précisions intéressantes concernant la présence d'un cimetière. Voici ce qu'il écrivait en 1947, après avoir signalé que le cimetière se trouvait d'abord au sud de l'église :
"En creusant, il y a une cinquantaine d'années, un puits dans un immeuble à 30 mètres environ au sud du portail de l'église actuelle, des ouvriers découvrirent une tombe dallée comme celles récemment mises au jour près de l'église de Regleille. Dernièrement encore, en exécutant des travaux près de la porte de la Fontaine, les fouilles ont fait apparaître des ossements, ce qui tendrait à prouver que le cimetière s'étendait aussi vers le nord... "
Donc, au Moyen Age, on enterrait les morts
autour de l'église St Etienne, mais on les enterrait
aussi auprès de la Rodona, où l'on avait sans doute
plus de place pour le faire. Précisons d'ailleurs que,
selon l'abbé Bonet,
jusqu'au XVIème siècle, la
Rodona et St Etienne constituèrent deux paroisses
distinctes. Il n'empêche que l'église paroissiale d'Ille
était bien celle de St Etienne, et que ses dimensions
d'alors ne lui permettaient guère d'accueillir une
population de plus en plus importante. Voilà
pourquoi, au XVIIème
siècle, poussée par le mouvement issu du
concile de
Trente, la population illoise
envisage d'agrandir son église, voire de la reconstruire totalement. Il
faudra plus d'un siècle pour mener à
bien ce projet et pour aboutir à l'édifice
actuel. Avant de nous intéresser aux étapes de sa
construction, précisons qu'on a conservé
bien peu de vestiges de l'ancienne
église. Signalons pourtant, au fond
de l'église, près de l'entrée, une plaque
funéraire datée de 1289, assez semblable à
celle d'Ava de Fenollet dans la
chapelle de l'Hôpital, et dédiée à un nommé Arnau Gasal
: l'inscription nous
précise que cet illois avait fait édifier
dans l'église une chapelle dédiée à la
Vierge. Devant la chapelle de
l'Immaculée Conception, une dalle mortuaire de
marbre rouge remonte à l'année 1604 et fut peut-être
déplacée lors de reconstruction de l'église
:
il s'agit de la tombe d'un bénéficier
des églises d'Ille, Esteve Marsal.
Pour le reste, à l'exception sans
doute d'un tableau représentant St Antoine de
Padoue dont nous reparlerons plus loin, on a
fait vraiment table rase du passé.
LES LONGUES ETAPES DE LA CONSTRUCTION
Les renseignements qui suivent sont pour la
plupart
empruntés
au
remarquable
ouvrage
d'Emile Delonca.
On
y apprend notamment que
la
construction de l'édifice fut envisagée dès la
première moitie du XVIIème siècle, puisqu'en 1645
Joseph Aleriu y Senesplada envisage de léguer tout ou partie de sa fortune pour
la nouvelle église, si "a
les hores
comenssada
serà
Mais apparemment
rien n'est
fait avant 1664, année où les consuls et
conseil général de la ville décident de lever un impôt
afin de mener à bien les travaux. Les nobles, qui ne
sont pas soumis à cet impôt, promettent toutefois
de
contribuer à l'ouvrage. La même année, on passe
un
contrat avec Miquel Laffont "pica-pedrer" de
Bula, pour la fourniture de pierres d'angle prévues
en
marbre. Et puis il faut songer à exproprier les
propriétaires de maisons riveraines. On trouve, à la
date du 13 juillet 1664, les actes d'achat concernant
une
maison
"en
lo carrer del moli
de
l'oli"
;
on
achète une autre maison
"devant del portal
de
la
font, adjunta a la fabrica ab Io castel del vescomte,
y ab
lo carrer
de
la
font"
;
une troisième maison
enfin est située
"en
lo carrer d'en pujol
".
On
peut
donc penser que les travaux commencèrent dès
l'année 1665. En 1667, on fait construire à la Font
del
Bolès un four à chaux dont la production doit
servir exclusivement aux travaux de l'église, et l'on engage pour cela trois
ouvriers venus de Bélesta.
Cette première étape des travaux paraît avoir été menée assez lentement et sans grand enthousiasme. Les ouvriers spécialisés engagés donnent des soucis à la population, qui se plaint de leurs nombreuses déprédations dans la campagne, et met peu d'empressement à les héberger comme elle y est tenue. Parmi les anecdotes, signalons cette année 1685 où tout le monde arrête les travaux pour chercher un hypothétique trésor enfoui sous les ruines de l'ancienne église. Malgré tout, en 1697, les travaux sont suffisamment avancés pour qu'on envisage de célébrer une première messe solennelle dans l'église neuve. Le procès verbal de la cérémonie figure en détails dans le Livre Vert. Les fêtes, présidées par l'évêque Mgr de Flamenville, durèrent trois jours, les cérémonies religieuses étant entrecoupées de réjouissances populaires. Le texte se termine par un vibrant hommage aux consuls de la ville, sans lesquels, pendant longtemps encore, il n'y aurait pas eu de messe dans l'église nouvelle. Toutefois; les travaux sont encore loin d'être achevés et, jusqu'en 1774, on va continuer les étapes longues et coûteuses de cette construction.
Au
début du XVIIIème siècle, on fait appel à des
artisans venus de Vich, la famille Morato
:
en
1702,
Joseph Morato est choisi "pour travailler et tracer
l'ouvrage" de l'église. C'est pour lui l'occasion de
modifier certains détails du plan primitif, notamment
l'entrée
:
celle-ci était en effet prévue au même
niveau que le dallage de
l'église, et la rue d'accès aurait alors
présenté un plan incliné du plus
fâcheux effet ; d'où l'idée d'élever le niveau de la rue
et de faire des marches de descente dans le porche
de l'église. En 1712, Isidore Morato, frère du
précédent, lui succède dans l'emploi
"maistre majeur des massons de
la fabrique de
la paroissiale église St Etienne
". Notre homme s'est
d'ailleurs fixé à Ille, où il a épousé
en 1709 une fille Mas. En 1714 enfin,
Jacint Morato, sculpteur, est choisi pour
sculpter le buffet de l'orgue. Mais les travaux, faute
d'argent, ont du mal à avancer. Il reste en
particulier à achever le choeur et à
construire le maître-autel. Ce sera chose faite à partir de 1735.
Deux contrats de cette année-là évoquent la construction du maître-autel : le premier est signé avec "le sieur Louis Baux, maître marbrier de la ville de Caunes en Languedoc". Celui-ci s'engage, moyennant la sommme de 5500 livre, à "faire tout le travail de marbre qui sera nécessaire et qui convient pour le maître-autel de l'église de Saint Etienne de la ville d'Ille, ainsi et conformément au dessein et plan pour la construction du dit maître-autel fait par le sr Josph Cantaire, esculpteur de Perpignan... "Quant à Joseph Cantaire, dont il nous faut préciser qu'il était natif d'Ille, son contrat porte sur une somme de 3500 livres. Une fois l'ouvrage achevé, la nouvelle église est célébrée en grande pompe le 18 novembre 1736 par l'évêque d'Elne. A nouveau, le Livre Vert nous retrace la cérémonie : le cortège, formé à l'église des Carmes, comprenait une soixantaine de prêtres suivis par la foule des fidèles. Tous escortèrent l'évêque jusqu'à la porte de l'église, où il procéda aux cérémonies rituelles. Après un sermon prononcé par le père Fontouge, prieur du couvent des Cordeliers, on déposa aux quatre angles de l'autel des reliques de quatre saints: Félix, Bénigne, Nontinande et Simplice, quatre martyrs des premiers temps de la chrétienté.
Mais l'église n'est toujours pas achevée. Il reste à
construire la plupart
des autels des chapelles latérales,
dont nous reparlerons plus loin, ainsi que la
façade et les chaires. Certes, la plus grande partie de
la
façade avait été déjà faite par les Morato, ainsi
que l'atteste la date de
1720 figurant au sommet de l'édifice. Mais il fallait du marbre
à un édifice que
l'on voulait luxueux
: ce fut l'oeuvre du sculpteur
Chauvenet qui, entre
1769 et 1771, réalisa
le portail, le tambour et des éléments
du fronton pour la somme de 4000
francs. Le même sculpteur (auteur
également du maître-autel de Vinçà) réalisa en
outre pour 2000 francs les deux chaires de
marbre qui ornent la nef :
cela se passait en 1774. A cette
date, enfin, on peut dire que la nouvelle
église St Etienne était achevée.
L'édifice, payé par la générosité de certaines familles nobles ou assimilées, mais
aussi, ne l'oublions pas, par de lourdes
impositions prélevées sur la
population modeste sans qu'on lui ait
demandé son avis, était grandiose, digne de
rivaliser avec l'église de Prades, construites dans des conditions
analogues et dans le même souci de grandeur
et de luxe. Faut-il en remercier cette "foi qui peut déplacer des
montagnes", ou au contraire accuser l'orgueil des commanditaires
?
Nos lecteurs jugeront en fonction de leur propre sensibilité.
ARCHITECTURE DE L'EDIFICE
Les
dimensions monumentales de l'église lui
donnent en effet l'aspect d'une cathédrale
:
une nef
large de 32 mètres et longue de 52, une voûte haute
de
22 mètres, sans oublier le clocher qui s'élève à
une
quarantaine de mètres. L'extérieur offre des
aspects variés
:
et
d'abord la façade, dont il est hélas
quasi impossible d'avoir une perspective d'ensemble
permettant de mieux ressentir les effets recherchés
par les constructeurs. Nous avons dit plus haut
que le granit s'y mêlait au marbre. Cette
façade, nous l'avons dit, fut construite en plusieurs étapes,
ce qui pourrait expliquer une certaine
diversité de styles, qui ne se fait
pourtant pas trop ressentir sans doute
Chauvenet, qui réalisa le portail vers1770, eut-il le souci de ne pas
contrarier l'esprit de ses prédécesseurs. Ce
qui fut terminé en 1720 offre un aspect typiquement baroque, nous n'en voulons
pour preuve que ce fronton brisé qui
domine l'édifice, le faisant ressembler
à toutes les églises d'Amérique latine construites vers la même époque,
ou tout simplement à la façade de l'Hôpital
d'Ille, édifiée elle aussi vers les
années 1700. Complément indispensable de l'ensemble, cinq boules de
granit, dont une au milieu du fronton font de
notre façade un ensemble plutôt hispanisant. On est cependant
demeuré assez sobre, avec ces faux pilastres
terminés par des chapiteaux composites qui se retrouvent
autour du portail, preuve qu'on a eu le souci d'une unité d'ensemble.
Deux fenêtres entourées de marbre ont
été murées. Notons aussi ce vestige assez
bien conservé du XVIIIème siècle, qui consiste en
rameaux peints évoquant les noms de ceux qui
sans doute contribuèrent largement à la construction du
monument
: de
gauche à droite, Bonafos, Ramel,
Albert.
Le portail en lui-même mérite notre intérêt : on y reconnaît ce fameux marbre de Caunes, tant à la mode au XVIIIème siècle. Mais on a fait aussi un important usage du marbre blanc, dans lequel sont sculptées les armes de la ville d'Ille, surmontées d'une couronne de vicomte. Juste au-dessus, dans une vaste niche, Saint Etienne foule au pied les cailloux qui ont servi à sa lapidation, et porte la palme du martyre. Notre saint est surmonté de deux têtes d'angelots, et entouré de deux vases de fleurs. Au-dessus, un cadran solaire où l'on devine la fameuse devise "ultima time", puis la rosace centrale dont le bord denticulé rappelle l'époque romane.
Si
nous faisons le tour de l'édifice par l'ouest,
nous allons revoir de plus près le clocher avec ses
gargouilles aux motifs animaliers. Puis vers
la porte
de
la Fontaine, accolée contre l'ancien château, l'église témoigne du souci
architectural de ses
constructeurs
:
de grands
contreforts soutiennent les chapelles
latérales. Une sorte de glacis rend par
endroits l'accès particulièrement malaisé à
d'éventuels assaillants. Vers l'abside, les contreforts sont
ornés à leurs pieds de petits pinacles en
relief qui eux aussi évoquent l'art
espagnol. Notons enfin cette superbe gargouille qui se détache au sommet,
ou encore cette fenêtre surmontée des armes
d'Ille, dont on pourra remarquer la fréquence importante
dans la décoration extérieure et intérieure
de l'église. A l'est enfin, nous
sommes sur la Plaça del Ram, récemment
amenagée avec goût, et qui abrite,
outre la fontaine dédiée à J.S Pons, la Creu, cette
grande croix des chemins médiévale (XVème siècle)
construite à la façon des croix
processionnelles. Sur les murs de
l'église, les gouttières de granit sont
nombreuses. Un narthex, sans doute édifié au
XIXème siècle, est surmonté d'une statue de St Sébastien qui
rappelle l'importance de ce saint dans la
piété populaire, notamment en période
d'épidémie.
Si
la façade peut être considérée comme baroque,
la
conception d
'ensemble
se rattache à l'art gothique
que certains ont qualifié d'attardé. Le plan
utilisé
est en gros celui de la plupart des églises
construites en Roussillon au XVIIème et XVIIIème
siècles: une vaste nef surmontée de croisées d'ogives, et entourée de chapelles
latérales épaulées par
des
contreforts. A Ille, les chapelles sont très
hautes, ouvertes sous des arcades en plein-cintre,
tandis que l'étage supérieur semble "à demi escamoté". Les lignes ascendantes
dessinées
par les chapelles et par les membrures des grandes
voûtes sont contrebalancées par un entablement qui contourne le vaisseau,
portant une balustrade
en fer et une coursière. Des contreforts à l'intérieur
sont percés de portes faisant communiquer les
chapelles entre elles, et facilitant sans doute les
processions dont on était très friand à l'époque. Le
caractère gothique de la construction est accentué
par
le choeur, avec ses ogives et ses vitraux.
VISITE DE L'EGLISE
Nous commençons notre visite par le choeur. Précisons qu'une grande partie des renseignements ci-dessous sont empruntés à l'ouvrage que l'abbé Bonet avait consacré à Ille au début du siècle . Notre regard sera d'abord attiré par la voûte, où l'on remarque quatre clés dont l'une au moins est facilement reconnaissable, la plus grande, qui est ornée d'un Saint Etienne. Les trois autres portent deux peintures des armes d'Ille et celle d'un écu aux "armes royales françaises, de par l'histoire" . Plusieurs vitraux éclairent le choeur : il s'agit de cinq fenêtres cintrées longues de 4,65 mètres sur 0,84, ouvertes dans les années 1850. Chaque vitrail porte, en plus d'un sujet religieux, les armes de son donateur : au centre, la Nativité avec les armes des Bosch ; la nativité est entourée à droite par Sainte Anne et les armes des Terrats, à gauche par Ste Thérèse, les armes de sa famille et celle du Carmel. Aux extrémités enfin, Saint Louis de Gonzague avec les armes des Dax d'Axat, et St Benoît Labre avec les armes des Barescut. Le choeur est garni de onze stalles placées en 1896. On notera, sur le lutrin placé juste derrière le maître-autel, une belle statue du roi David jouant de la harpe. L'oeuvre date du début du XVIIIème siècle et aurait été initialement conçue pour décorer l'orgue. Son poids excessif fit qu'on plaça notre roi dans un endroit où trop peu de personnes ont l'occasion de l'admirer. Cette statue pourrait avoir été sculptée par Jacint Morato, qui réalisa les boiseries.
Le
maître-autel
(1736)
porte la marque du style
nouveau, avec son baldaquin formé par six colonnes de marbre rose. Ce marbre de Caunes se marie
fort bien avec les sculptures sur bois commandées à
Joseph Cantaïre
:
la
statue centrale de Saint
Etienne est entourée, ainsi que le voulait l'usage
pour
de très nombreux maîtres-autels, par les
saints Pierre et Paul,
reconnaissables l'un à ses clés, l'autre à son épée. L'entablement porte une décoration
que l'on peut qualifier de baroque :
un ciel aux nuages légers, d'où émergent des visages d'anges
aux joues rebondies, et au centre le globe
terrestre entouré de la Sainte Trinité.
Aux deux extrémités de l'édifice, deux
grands anges tournent leurs regards vers le centre de l'autel. Précisons que le
tabernacle de marbre blanc, avec des
colonnettes en onyx, fut placé en
1898.
Les
quelques dates que nous avons déjà citées
montrent que l'église d'Ille fut constamment
enrichie
par des donateurs fortunés
:
on
peut le
regretter, dans la mesure où cela nuit à l'unité du
style, et où l'on aurait bien aimé voir conserver les
oeuvres baroques de la première période. Cependant,
à quelque chose malheur est bon, l'historien
pourra remarquer combien certaines périodes ont
été
fécondes en donations. Pour notre église, nous
avons relevé en gros trois périodes
:
bien sûr, en
premier lieu, les années
1730-1760, où l'on s'est
efforcé de décorer au mieux l'édifice
nouvellement construit. Puis les années 1850, où l'on peut penser
que l'épidémie de choléra de 1854 a joué un
rôle important dans les motivations
des fidèles. Enfin, à partir de 1890 et jusqu'au début de notre siècle, une
période très féconde où les motivations
politiques expliquent en grande partie la générosité des donateurs
et de l'abbé Bonet, chef de file du mouvement,
qui paraît avoir lui-même dépensé beaucoup pour
son église
: nous sommes en effet au coeur
de la lutte impitoyable que se livrent depuis 1880 les partisans
de la laïcité et ceux de l'Eglise. Ces
quelques réflexions nous aiderons à
mieux comprendre la description des
chapelles. Précisons que celles-ci
sont au nombre de treize :
six à gauche, cinq à
droite, et deux petites chapelles au fond de
la nef. Auparavant, disons un mot des
rosaces qui font le tour de la nef : à
l'entrée, la plus grande (2,55m de
diamètre) porte au centre les armes d'Ille (étendard blanc déployé surmonté
d'une couronne vicomtale) et s'orne de
l'inscription "Deo fidelis et patriae".
Les douze rosaces qui surmontent les chapelles
latérales
(1,30
m de diamètre) furent placées en
1889.
Commençons
par
les chapelles de gauche, et
d'abord, au transept, la chapelle du Rosaire. Il
s'agit
d'un gigantesque retable de bois sculpté, au centre duquel trône une
Vierge du XVIème siècle dont
certains pensent qu'elle pourrait être la Vierge de la
Rodona. Emile Delonca nous apprend en tout cas
qu'en 1812 on transporta dans une chapelle de
l'église Saint-Etienne toutes les décorations du
maître-autel de la Rodona, encore debout à cette
époque
.
Bruno Tollon pense que le retable du Rosaire pourrait avoir été sculpté
par Antoine Domingo, domicilié à Ille et auteur du maître-autel
d'Osséja en 1774. La Vierge est entourée par
St Dominique et St Catherine de Sienne, les deux
récipiendaires
traditionnels
des chapelets
du Rosaire. Des panneaux
historiés racontent les mystères de la vie de la Vierge. Au sommet, deux
bustes sculptés en médaillons représentent
Julie et Eulalie, les deux patronnes
d'Elne. On remarquera l'importance du
style rocaille dans les divers éléments
des boiseries. En avant du retable, deux
statues beaucoup plus récentes
:
St
Vincent de Paul
(1893) et Ste Cécile (1894). Remarquons enfin la
Vierge du Rosaire à la clé de voûte, et les armes de la
confrérie du Rosaire au linteau de la sacristie.
Passons rapidement devant la chapelle de l'Immaculée
Conception (appelée au XVIIIème siècle, date
de
la construction du retable, Nostra Senyora de la
Lluna) qui fut ornée au XIXème siècle de
peintures
murales dues au peintre perpignanais Chapon. Rappelons, devant cette chapelle,
la présence de la
tombe d'Esteve Marsal (1604), tandis qu'on trouvait
devant la chapelle du Rosaire la tombe du
chanoine Bonafont. La chapelle du Christ, également
du XVIIIème siècle, est beaucoup plus intéressante. Oeuvre de la confrérie de
la Sanch, elle
frappe tout d'abord par son retable où le noir de la
mort est relevé par la tache sanglante du dais sous
lequel apparaît le Christ en croix que l'on portait
autrefois pour la procession du soir du Jeudi saint.
Selon B.Tollon, ce Christ est peut-être l'oeuvre de
Joseph Navarre, dont nous savons qu'il vint à Ille à
partir de 1747 pour y construire le retable de la
chapelle de l'Hôpital. La statue de la Vierge des sept
douleurs, que l'on portait aussi en procession le
Jeudi saint, est l'objet d'une amusante anecdote que
nous racontons par ailleurs. Au sommet du retable, remarquons une apothéose de
St François d'Assise,
un
saint particulièrement vénéré à Ille, puisqu'il
était notamment le saint patron du couvent des
Cordeliers. Au mur droit de la chapelle, une croix
des Improperis, du
XVIIIème siècle, apporte un témoignage
essentiel sur cette piété populaire si
développée pendant la semaine sainte
:
on y remarque, dans un style naïf,
tous les instruments de la Passion
:
couronne d'épine, fouet de la flagellation,
éponge imbibée de fiel et de vinaigre, clous, tenailles
et marteau, tunique, manteau de pourpre, lance
de Longin, bourse de Judas, coq de St Pierre
etc...
La
chapelle de St Antoine de Padoue présente un
ensemble hétéroclite mais non dénué d'intérêt. Le
retable en bois date de 1893-: il est sorti de l'atelier du sculpteur
perpignanais Rousseau, dont nous
reparlerons avec la chapelle suivante. La statue du
saint remonte pour sa part au XVIIIème siècle
;
au
sommet du retable, St Michel terrasse un étrange
dragon à queue de sirène. Sur la gauche, une toile
du
XVIIème siècle propose un St Antoine de Padoue
tenant sur son livre l'enfant Jésus et entouré de ses
miracles les
plus
importants : par exemple les
poissons accourus pour entendre les paroles
du saint, la résurrection de l'enfant
asphyxié dans l'eau bouillante ou la mule se prosternant devant l'ostensoir.
Le
retable de Saint Boniface, car c'est de lui qu'il
s'agit et non de St Maurice comme on le dit souvent
à
tort, fut entièrement construit à la fin du XIXème
siècle malgré les apparences. Les commanditaires,
au
premier rang desquels figure l'abbé Bonet (son
nom est inscrit sur un cartouche à droite du
retable), l'ont voulu en tous points conforme à ces retables plateresques que
l'on avait édifiés à la fin
du
XVIème siècle et la première moitié du XVIIème siècle.
D'où ces colonnes
cannelées, ces étoiles, ces feuillages
ou ces épis utilisés dans la décoration. Le
sculpteur Rousseau reçut une somme très importante
pour prix de son travail et des matériaux
utilisés
:
l'ensemble, y compris l'autel tombeau, est
en bois blanc d'Arkangel,
à l'exception d'une prédelle avec quatre
panneaux sculptés racontant la vie du saint et son rôle dans l'histoire illoise, qui sont en tilleul.
Rousseau acheva son oeuvre en 1896.
Nous revenons dans un encadré sur Boniface
et ses "exploits" à Ille. Signalons que de cette
chapelle on accède, par un panneau à la
droite du retable, à ce qui fut
autrefois la prison de St Boniface,
dont il reste la belle porte en fer forgé.
L'abbé Bonet signale que lors de la
construction du nouvel autel, en démolissant un escalier de pierre
menant à la prison, on avait trouvé quatre
boulets entassés en pyramide, et qu'il
avait fiait placé deux de ces boulets
en haut du retable, sur deux colonnettes.
Nous passerons rapidement sur la chapelle de N.D. de Lourdes, avec ses fresques d'un goût discutable. Déjà l'abbé Bonet se plaignait de cette chapelle, et regrettait qu'on n'eût pas conservé l'ancien autel, qui était dédié à St Eloi. Au fond de l'église, et toujours sur la gauche, se trouve l'autel du St Sépulcre, avec un Christ gisant dans un cercueil à vitrine. Remarquons, dans le pilier, une ouverture qui avait été prévue pour accéder au clocher.
Nous voilà maintenant dans la partie droite, avec
toujours au fond de la nef, la petite chapelle des
fonds baptismaux, restaurée en 1901, nous précise
l'abbé Bonet
:
c'est à cette date que fut
peinte la
fresque ornant le mur, et que furent sculptés ce St
Jean-Baptiste et ce Christ qui dominent la cuve
baptismale. Le marbre de Villefranche, qui a servi à
la
construction du bénitier (1726), fut également utilisé pour cette cuve ainsi que
pour une petite
colonne piscine datée de 1722, décorée des armes d'Ille. A propos des fonts
baptismaux, l'abbé Bonet
nous raconte une curieuse coutume
:
la
cuve était
remplie et bénite le samedi saint, et ce jour-là elle
était assiégée par près de deux cents personnes,
surtout des femmes, munies
de récipients divers destinés à recevoir un
peu d'eau bénite :
le sacristain
avait en effet pour mission de remplir la cuve en entier, puis de
distribuer l'eau bénie par le prêtre jusqu'à
ce qu'il ne reste que le niveau nécessaire aux
baptêmes d'une année. On se bousculait dans un
vacarme assourdissant qui faisait chaque
fois la détresse du sacristain.
Près des fonts baptismaux,
la
chapelle de la Mare
de
Deu de l'Ajuda, N.D du Bon Secours, une
chapelle supplémentaire
dédiée à la Vierge. Nous voici maintenant
devant l'autel de Ste Lucie, une sainte dont l'abbé Bonet nous précise
qu'elle était très vénérée à Ille. La sainte
est surmontée de Gaudérique, le saint paysan si souvent prié
en
Roussillon au cours des siècles
pour obtenir la pluie.
Mais revenons à Lucie, sculptée au milieu du
XVIIIème siècle, sans doute par
l'atelier des Negre, qui tient à la
main un plat contenant une paire d'yeux, symbole de son martyre, ou
plutôt de sa spécialité médicale dans les
guérisons miraculeuses. La pauvre
vierge de Syracuse perdit certes la vue, mais son martyre contient bien
d'autres atrocités
qui auraient pu inspirer tout aussi bien les
iconographes.
Dénoncée par son fiancé car elle avait vendu
son patrimoine pour le donner aux pauvres, elle fut
jugée par le consul Pascasius qui voulut la
faire violer par des dizaines de débauchés
;
mais Dieu intervint, et le corps de la jeune fille devint si lourd
que mille hommes et mille boeufs ne purent
arriver à la faire bouger d'un
centimètre de la salle du palais où
elle était interrogée. Pascasius, qui avait des
idées assez saugrenues, pensa que cette immobilité
pourrait être rompue si on déversait sur, la
vierge des litres et des litres
d'urine. L'opération se déroula sans
résultats, et l'on fit alors allumer autour de Lucie un grand feu et
jeter sur son corps de l'huile bouillante mêlée de poix et de résine. Enfin, on
lui enfonça une épée dans la gorge. Mais
revenons à Ille, pour dire que, selon
l'abbé Bonet, la période
révolutionnaire vit s'accomplir un étrange miracle
que nous racontons par ailleurs.
Avec
la retable de Saint Joseph, nous voici en
présence d'une oeuvre datée de 1855, dont
une
plaque de marbre noir nous apprend qu'elle est due
à
"la munificence de M. Joseph Viader, Docteur en
médecine, d'Ille". Le
saint, en marbre blanc, se détache
majestueux sur le
marbre gris de l'édifice. A noter, à gauche
et à droite, la panoplie complète du
charpentier, dont nous empruntons le détail à
l'abbé Cazes
: maillet, marteau, vrille, bédane, ciseau,
équerre, fil à plomb, rabot, valet, tenailles, égoïne, poinçon, vrille,
compas.
Nous voici arrivés à l'orgue, sur lequel il y aurait beaucoup à dire. Cependant nous n'aborderons pas les détails techniques avec lesquels nous sommes nous-mêmes trop peu familiarisés. Sachons que la construction fut difficile, ainsi que le signale E.Delonca
"On s'adressa
le
21
janvier 1714 à un facteur
d'orgues de Toulouse. ce dernier ayant livré un
travail jugé défectueux, l'organiste de la cathédrale
de
Perpignan et celui de l'église de St Paul de
Fenouillet, appelés comme experts le 6 décembre
1715, refusèrent l'ouvrage. Le facteur dut reconnaître
les malfaçons
;
il
les attribua "aux déprédations
des rats qui avaient gâté son ouvrage
".
Le
travail ne fut
accepté qu'après une révision suivie d'une nouvelle expertise.
"
Finalement, la tuyauterie fut confiée en 1722 au dominicain Pascal Cervello . On eut apparemment moins de mal pour les boiseries : rappelons que le buffet fut commandé en 1714 à Jacint Morato, qui réalisa une oeuvre assez dépouillée, même si certains éléments de la décoration sont baroques. A noter, au fronton, la présence, une fois de plus, des armes d'Ille, et surtout, aux panneaux inférieurs, deux superbes bustes sculptés : l'un représentant Ste Cécile jouant de la harpe ; l'autre nous montre un roi David au visage tourmenté, exécuté dans un style qui nous invite à rapprocher Jacint Morato de Joseph Sunyer, dont il fut d'ailleurs l'élève, puisqu'il fréquenta son atelier de Prades. Morato fut même associé à Sunyer pour la réalisation de quelques retables, et il ne nous étonnerait pas que certaines oeuvres attribuées un peu hâtivement à Sunyer soient en réalité de Jacint Morato.
L'orgue d'Ille, est pour certains le seul orgue catalan du XVIIIème siècle construit en Roussillon. Mais revenons à l'histoire, pour préciser que la nomination de l'organiste fit l'objet d'un règlement et d'un concours. Le premier organiste fut Mossen Pere Fabre, qui mourut en 1758 et fut enterré dans l'église de l'ermitage de St Maurice, où l'on trouve encore sa plaque tombale. Au XVIIIème siècle, lui succédèrent Joan-Batiste Trillas, Joan Barizin et Anton Maffre. Au XIXème siècle, on trouve successivement Sébastien Simon, le père Narcisse, Max Pascal (originaire d'Ille et surnommé "el Nanou"), Madame Canavy, Jean Colomer, Louis Guitard, et Emile Rastaud à l'orée du XXème siècle.
L'orgue occupe la place d'une chapelle dont l'abbé Bonet précise qu'elle fut fermée par des portes de fer de façon à empêcher les enfants de s'y rassembler à l'époque du Carême pour troubler par leurs cris la dignité des offices. Peut-être fait-il allusion à cette fameuse patrica patroca, dont plusieurs auteurs ont déjà montré qu'elle était dans les églises un prétexte à de véritables charivaris où la jeunesse locale se défoulait au grand dam des prêtres, qui pour la plupart déploraient de semblables pratiques.
Notre promenade est
presque terminée, puisqu'il ne nous reste
plus que deux chapelles à visiter. Et
d'abord celle de St Sébastien, construite en 1854,
lors de la terrible épidémie de choléra. N'oublions
pas en effet que Sébastien était le saint
jugé le plus efficace dans la lutte
contre les épidémies. La même année,
les gens de Bula auraient été guéris du
choléra grâce à une procession en l'honneur du
saint .
Le retable a été réalisé en marbre rouge
de Villefranche. Sébastien est entouré
de l'inévitable St Roch, autre saint
spécialisé dans les épidémies, et de
St Maurice, qui ne pouvait pas être absent dans notre église, tant fut important à cette
même époque l'ermitage voisin de St Maurici
de Graolera.
Nous revoici au transept, avec le grand retable du
XVIIIème siècle construit pour là confrérie du SaintSacrement.
Les
travaux furent commencés en 1740,
mais il semble qu'une expertise de 1746 n'ait pas
donné entière satisfaction. Toujours est-il qu'en
1759 on donna à Joseph Navarre la somme de 205
livres pour compléter le retable.
Au dessus du tabernacle, se dresse une statue
en bois du Ressuscité. Il est entouré des deux Saints Jean, le baptiste
et l'évangéliste. Des médaillons peints
représentent des symboles
eucharistiques. Bien sûr, le retable fut
modifié à la fin du XIXème siècle, et pas forcément
dans le meilleur goût
on regrettera ces lourdes
inscriptions qui nuisent à l'unité d'ensemble.
Plus agréable, par contre, le
tabernacle dû lui aussi au
ciseau du sculpteur Rousseau. La clé de voûte
s'orne d'un calice à l'hostie,
emblème de la confrérie de la Minerva,
et le linteau de la sacristie présente
les lettres IS et MA, monogrammes de Jésus et
Marie.
Nous n'aurons garde d'oublier, les deux chaires de Jean Chauvenet (1774), l'une ornée de l'aigle de St Jean et l'autre de l'ange de St Matthieu. Et bien sûr nous ne parlerons pas des visites pour le moins périlleuses que l'on pourrait effectuer dans cet escalier tourmenté qui mène à l'ancienne salle forte dont on a conservé les trois clés consulaires. Telle qu'elle est, avec les aménagements apportés à diverses époques, notre petite cathédrale mérite en tout cas un détour, et nous espérons que ces quelques pages, auront permis à chacun de mieux connaître et de mieux apprécier l'église d'Ille, en dehors bien sûr de tout sentiment religieux, puisque tel n'est pas là notre propos.
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Bibliographie : Jean Tosti - Revue
"D'Ille et d'ailleurs"
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