Les Enceintes

 Le plan du village d'Ille sur Tet permet de distinguer les tracés de trois enceintes concentriques, actuellement encore parfaitement dessinées sur le terrain, qui forment vers le sud des demi-cercles de plus en plus étendus mais se confondent à peu près au nord en raison de la présence de ruisseaux tributaires de la Têt.  

 La plus ancienne des enceintes est celle qui entourait le château vicomtal, sur l'emplacement duquel sera reconstruite à partir du XVIIème siècle l'église Saint-Étienne. L'une des sacristies de celle-ci occupe l'ancienne prison du château et, au pied de son clocher datable du XIVeme siècle, un passage voûté et une muraille sont des vestiges, vraisemblablement tardifs du château. D'autres restes du "Palau" sont occupés actuellement par les maisons Barate, Puigsegur, Pacouil et Alazet. On pénétrait dans la cour intérieure , qui subsiste toujours , par une belle porte malheureusement détruite au début du siècle. Une pièce de la maison Barate est encore voûtée en berceau brisé et nous donne une idée de ce que pouvait être l'intérieur de ce "castel" qui aurait été construit au XIème siècle. La plupart de ses pierres ornementales ont été dispersées lorsque la majeure partie de la bâtisse fut sacrifiée pour la reconstruction de l'église qui a gagné de plus nobles proportions.

 À l'ouest de la rue de la Neige, avant d'atteindre le chevet de l'église, se trouve un massif de maçonnerie de cailloux roulés, liés par du mortier, disposés en épi qui suit un contour arrondi. Pierre Ponsich remarque qu'" il s'agit de la muraille fortifiée du château, bien reconnaissable sur 4 mètres de hauteur et qui se poursuit d'ailleurs du côté opposé au talus qui la jouxte, avec le mur de la maison voisine, malheureusement enduit à l'heure actuelle sur une hauteur double ".  

Nous sommes là devant la première ceinture de remparts de la ville qui englobait la première agglomération, la primitive église Saint-Etienne, le château vicomtal qui était adossé à l'ouest, et la "cellere", espace sacré de trente pas environ, en moyenne, et qui servait d'asile aux habitants et à leurs biens en cas de danger. A remarquer que la fontaine dite "font de la vila", comprise dans ce périmètre, fournissait l'eau nécessaire aux habitants.  
L'absence de mention de cellera pour Ille ne peut contredire ce que montre l'observation du plan et qu'appuient peut-être quelques mentions tardives de celliers près de l'église paroissiale. II semble évident que le noyau originel du village soit bien de nature ecclésiale.  
L'enceinte contournait l'ancien "Palau" par les actuelles rues de la Neige, de l'Eglise et de la Fontaine; sa longeur s'étendait sur un peu moins de 300 mètres. On tient pour preuve de cette affirmation le témoignage de l'Abbé BONET qui en 1908 précise qu' "en creusant les fondements de certaines maisons situées le long de cette ligne on a découvert d'énormes blocs de maçonnerie qui sont, à n'en pas douter, les assises des remparts primitifs ".
Ce premier périmètre formait un ovale de 90 m environ dans la plus grande longueur, et de 70 m dans la plus petite, dessinant la vague forme d'un cercle au rayon d'une cinquantaine de mètres. On peut penser à une cellera originelle.

 Au nord-ouest du château, la tour carrée, dite "de L'Alexis", datant également de la deuxième moitié du XIème s, dominait l'enceinte. Elle présente, à sa base, un parement de petits moellons dégrossis à la massette. Il est possible, mais non certain, que la première enceinte ait englobé la tour de l'Alexis, qui en aurait formé l'angle nord-ouest. Mais sur le plan elle se trouve juste à l'extérieur de ce périmètre, ainsi elle marquait plus probablement les limites de cette cellera originelle, qu'un seigneur local aurait placé sous sa surveillance.
Elle regarde vers le nord, vers la France.C'était apparemment une tour-signal reliée optiquement à celles de Vadabany, Rodès, Pomers, Salimans. On ne peut qu'être frappé par la similitude de construction et de matériaux entre la tour de l'Alexis et celle de Casenoves. Elle a 12 m de côté et ses murs ont deux mètres d'épaisseur. Elle présente un trait particulier: son premier étage est en voûte et on n'accédait dans la tour que par une porte fenêtre au moyen d'une échelle que les occupants enlevaient une fois retirés à l'intérieur. Elle offre donc davantage l'aspect d'un donjon.

Plus tard le village ayant connu un rapide développement, toute référence à cette probable cellera du XIeme siècle a disparu. Les états successifs des fortifications, que l'on peut deviner dans les documents et sur le plan, nous
révèlent le succès du castrum , village fortifié, coeur économique d'une riche petite région et siège d'une importante seigneurie.

Quand la population se développa une nouvelle ligne de défense fut portée plus en avant.
 La deuxième enceinte, dont les vestiges, moins apparents, sont enrobés par les constructions le long des rues des Fabriques, des Enamourats, de la Poissonerie, de la Grand'rue, de la rue de l'Hôpital, de la rue Manceau, et la partie Nord de la rue de la Fontaine, laissant en dehors du périmètre fortifié l'église de la Rodona, l'hôpital (dont l'emplacement primitif semble avoir été dans l'enceinte) et l'église Sainte-Croix (disparue).
Elle se développait sur environ 650 mètres délimitant une superficie de 2 hectares 80.

Néanmoins, la nécessité de prémunir davantage la ville contre les dangers de plus en plus menaçants et de répondre, par des ouvrages plus appropriés, aux attaques désormais possibles de troupes nombreuses et organisées, contraignît les habitants à reculer une nouvelle fois les limites de l'enceinte, donnant à celle-ci une puissance de protection en rapport avec les possibilités militaires du temps.
La troisième enceinte
en date, fut édifiée.
 Elle longe la rue Molière, de laMuraille, Ampère, des Fabriques, la partie nord de la rue de la Fontaine, de la rue Marceau elle englobe la Rodona, se poursuit dans l'impasse du Remparts-est.
 Elle est parallèle à la route Nationale, à celle de Montalba ( rue Louis Boyer et rue 8 mai 1945 , longe le Boulevard Nord (ou Jean Bourrat ) et la rue Franklin.Certains auteurs envisagent qu'elle fut édifiée en deux campagnes, l'une comprenant les fronts est, sud et nord, l'autre surtout le front ouest.
Elle subsiste actuellement sur la quasi-totalité de sa longueur qui représente 1200 mètres. Les parements ne sont toutefois dégagés et conservés que sur environ 300 mètres délimitant une superficie de 8 hectares.

 

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Bibliographie : Emile & Léon Delonca, Un village en Roussillon
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