La Pêche d'Ille

" Minyona i què direm del presseguer mollar tan rosa en el conreu on el bou vé a llaurar..."
                                                                        J.S.PONS
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On dit : le pruneau d'Agen, le berlingot de Carpentras, les rillettes du Mans, le jambon de Bayonne et la pêche d'Ille. Pourquoi la pêche d'Ille alors que tant de régions produisent ce même fruit et qu'on l'a défini sur le plan agricole : la pêche " fruit français ".

Est-ce un excès d'honneur et le produit des vergers de la modeste ville d'Ille mérite-t-il vraiment d'être le porte-drapeau de l'un des fruits les plus délicats, les plus savoureux et les plus estimés ? A tel point qu'il a toujours servi à caractériser la beauté féminine dans ce qu'elle a de plus précieux, la finesse et le velouté de la peau. Ne dit-on pas d'une jolie femme qu'elle a une peau de pêche ?

Par quel sortilège les horticulteurs illois ont-ils pu obtenir une perfection de forme et de couleur qui assure à leurs fruits un rang aussi enviable et une distinction aussi flatteuse ?

Tant d'éléments interviennent entre le moment ou la tramontane éparpille les pétales rouges ou rosés jusqu'au moment où la branche ploie sous son rutilant fardeau. Pour que s'accomplisse cette lente élaboration du fruit il y faut la collaboration intime de la terre et du soleil, de ces rayons chargés de chaleur et de ces obscures réactions chimiques transformant le suc du terroir en sève féconde, cette sève qui va être aspirée, sucée par osmose, par les mille vaisseaux de l'arbre dans son laborieux et magnifique enfantement.

Et c'est l'éclosion, la croissance patiente dans le berceau verdoyant des feuilles, les rougeurs de l'adolescence sous la caresse renouvelée du soleil, cet amoureux obstiné, et enfin le fruit mûr, le fruit splendide s'offrant aux regards dans toute la magnificence de ses couleurs.

Il faut croire que ce coin de terre roussillonnais est chéri des Dieux pour qu'il ait pu ainsi, depuis quelques siècles déjà, réunir tant de conditions indispensables pour réaliser une pêche considérée, à juste titre, comme un modèle du genre.

La pêche d'Ille, la pêche d'Ille... On voudrait l'entendre crier sur tous les marchés de France et l'on regrette souvent de n'en percevoir qu'un écho affaibli. A notre époque où l'ingéniosité des vendeurs ne connaît plus de bornes, où le produit le plus médiocre bénéficie d'un accompagnement de trompettes étourdissant, on aimerait que la pêche d'Ille soit louée publiquement comme elle le mérite par ceux qui en assurent sa commercialisation.

Parlant d'elle, M. Michel Bouille, dans les Cahiers des Amis du Vieil  Ille, n° 4, indique qu'en 1742 l'abbé Xaupi dans sa " Description historique et géographique de la province du Roussillon " vante "surtout les fruits du terroir de la vallée d'Ille" et plus tard, en 1774,, il précise : "C'est dans ses jardins que viennent ces grosses pêches qui ne quittent pas le noyau et qui donnent une eau aussi abondante que délicieuse ".
Il s'agissait évidemment de pêches "Pavies" ces "préssecs
durans" dont la culture fut abandonnée vers 1920, avec leur riche parfum et leurs couleurs attrayantes, sollicités par les industries de la conserve.

Qu'il s'agisse de pêche à noyau adhérent ou de pêche à noyau détachable, il est incontestable que le terroir d'Ille et sa situation conviennent à merveille à la culture du pêcher. Le sol de la vallée est riche d'une couche d'humus considérable que les pluies ont arraché aux pentes du Canigou et des montagnes voisines. C'est un tapis de terres alluvionnaires recouvrant les cailloux et les sables quaternaires sous une grande épaisseur atteignant parfois 1,50 m de "terre franche". On ne pourrait trouver de meilleure source de fertilité. Et les eaux qui courent et serpentent dans le quadrilatère luxuriant des jardins apportent leur fraîcheur désaltérante au cours des mois d'été. 

Certes, il y a en Roussillon et ailleurs d'autres beaux vergers riches en fruits de choix, mais nous ne croyons pas qu'il y en ait beaucoup qui puissent réunir tant de qualités à la fois et les concrétiser avec une telle perfection dans ce fruit merveilleux : la pêche d'Ille. 
Le climat y est pour beaucoup et plus encore l'exposition au soleil et l'air ambiant. 

Comment est-elle parvenue jusqu'au Riberal il y a trois ou quatre cents ans ? Probablement par la route des épices qui l'avait d'abord amenée de sa Chine natale jusqu'en Perse par les nombreuses caravanes franchissant les steppes de l'Asie Centrale. Puis le trafic des ports catalans avec l'Orient a dû permettre aux premiers arbres d'émigrer en Roussillon comme l'avait déjà fait cet autre fruit plein de soleil : le raisin muscat. 

Chaque année, en été, l'Office de Tourisme organise "La Fête de la Pêche", ou comment célébrer le fruit le plus cultivé dans le territoire du Riberal.
Cette Fête de la Pêche, des saveurs et des savoir-faire permet de découvrir les produits de notre terroir tels que les vins, le miel, le fromage, etc... ainsi que l'artisanat et les outils de travail agricole.
Toute la journée, de nombreuse animations se déroulent: dégustation de pêches, animations musicales, jeux pour les enfants, sardanes, jeu du cracheur de noyaux, et une coca catalane géante à l'heure du goûter.
De plus, des visites en bus commentées des exploitations agricoles et des coopératives fruitières sont proposées.
 

Ces efforts doivent être continués et intensifiés pour que le nom de notre ville et de notre région demeure un synonyme de qualité et que dans la pêche, "fruit français", soit honorée en premier lieu, comme il convient, la pêche d'Ille.

                                            J. MARTY.

 


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Bibliographie: "La pêche d'Ille, Jean Marty"
Les Cahiers du Vieil Ille n° 86
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