
Restaurations
et modifications des remparts et des aortes au fil des siècles
1)
Aux XVI et XVII ème siècles
Les
textes d'archives mentionnent des réfections portées sur les remparts. D'une
part en 1521, il est fait sommation à un prêtre d'avoir à " réédifier
dix cannes et demie le mur de la ville, ainsi qu'il y est obligé", son
travail reste difficile à localiser.
Le
13 juillet 1599, le "syndic de la ville" intervint
auprès de Philippe III, roi d'Aragon et d'Espagne pour être autorisé à prélever sur les
transactions faites à Ille par les étrangers un droit d'un sou par charge de
blé et de six deniers par charge d'autres grains, le montant de ces taxes
devant être employé à réparer les murailles, fossés, portes, "y ponts llevadissos
" de la ville, ainsi qu'à acheter des arquebuses, des mousquets, des
hallebardes. La ville essayait, par ce moyen, de mettre à la charge des forains
une taxe incombant aux habitants. Ainsi dès la fin du XVIeme siècle les
remparts ont connus de sérieuses restaurations.
Également sur la face nord le long du boulevard Jean Bourrat, la muraille, au
cours des assauts qu'elle subit des asiégeants, soit du fait de la rivière,
fut détruite et dut être rétablie au XVIIeme siècle. Dans cette oeuvre de
restauration, une nouvelle tour fut construite, afin de permettre aux défenseurs
de battre avec plus d'efficacité les abords de la Porte de la Fontaine. Son
aspect et la présence de brique dans la maçonnerie montrent bien qu'elle est
de date relativement récente.
C'est
également du XVIIeme siècle que date le percement d'une infime portion de
rempart pour l'aménagement de la Porte du Comte (1660).
2)
L'urbanisation illoise au XIXeme siècle
De
nombreux travaux d'urbanisme ont été conduits au long du siècle dernier,
riche en transformations. La population augmente de façon lente et régulière;
on se persuade des nécessités de l'hygiène, on décide d'en finir avec les
ruelles tortueuses, le cimetière anachronique, les places minuscules. Et puis
il y a la Route Nationale 116, le chemin de fer, le développement d'un commerce
de moins en moins autarcique.
A
propos de la démolition des tours gênant les voies d'accès à la ville ou la
construction de demeures particulières, les documents d'archives sont évasifs.
Il
faut en tout cas savoir qu'en 1830, Ille est encore ceinte de la totalité de
ses remparts, que nul ne songe alors à détruire.
On
accède à la cité par des portes, dont une délibération municipale de 1833
nous apprend qu'elles sont au nombre de huit. La première l'une des plus vénérable,
est le Portal de la Creu , qui mettait dès l'époque médiévale la rue
Sainte-Croix en communication avec le chemin de Saint Michel de Llotes, suivant
l'actuelle route Nationale vers l'ouest, nous arrivons au Portal Nou ,
plus loin sur la route de Montalba le Portal del Moli plus récent,
ouvrait sur le plus vénérable des moulins à farine, et avait donc une
importance surtout économique, toujours sur la route de Montalbà, le Portal
de l'Assalt , mentionné dès le moyen-âge, tout comme la porte suivante,
le Portal de la Font. La porte qui permettait l'accès à l'hôpital est
moins connue, nous l'appellerons Portal de l'Hospital. Nous voici revenus
sur la route Nationale, avec le Portal de la Parayre, et enfin une Porte
dont le texte nous précise qu'elle a été ouverte, à la sortie de
l'actuelle rue de l'Abbé Chapsal..
A partir de 1930, on s'affaire à couvrir le ruisseau des rues, les paver, les
aligner. En 1833, un projet municipal souhaite établir une bonne fois pour
toutes une dénomination officielle (Délibération municipale, 5 mai 1833 ).
L'idée de départ est caractéristique de la politique de la Monarchie de
Juillet, qui souhaite "honorer" sans distinction tous ceux qui d'une
façon ou d'une autre ont marqué l'histoire de la France par leur exploits
militaires ou leur réussite dans les Arts, Science et Lettres . Mais les
Catalans, et en particulier les Illois ne paraissent guère avoir été
sensibles à cet appel. Le projet semble s'être heurté à des habitudes
ancestrales, et très peu de noms proposés sont maintenus.
Pour les portes, seules celle de la Croix et celle de l'Assault doivent
conserver leur premier nom; celle du Comte serait rebaptisée Porte des
Pyrénées, la Porte du Moulin porterait le nom de Lacour ( le propriétaire
du moulin et l'une des plus riche famille Illoise de l'époque); quant aux
autres elles s'appelleraient Porte Delille (Porte de la Font), Porte
Fenouillet, Porte Charlemagne (Porte de la Parayre), et enfin Porte
Schomberg (nouvelle Porte de l'actuelle rue Chapsal) du nom d'un maréchal de
France gouverneur du Languedoc en 1832.
De
ces portes, trois seulement ont résisté aux agrandissements et alignements
successifs: celle de la Parayre, du Comte et de la Font.
Nous savons en revanche que le Portal de la Creu a disparu en 1839, sans
doute à la suite d'une querelle entre voisins, les Laborde contre les Barescut,
pour une histoire assez confuse de loge à cochons et de terrasse. Finalement,
il semble que la destruction de la porte ait été réalisée à l'initiative de
Laborde, avec le consentement tacite de la municipalité.
L'affaire
de sa destruction fut apparemment une énorme "bourde" du maire J. Chauvet, qui reçut à ce sujet un blâme du Préfet et fut d'ailleurs destitué
quelques mois plus tard. Il faut dire que l'émoi et la colère avaient été très
vifs au sein de la population, comme en témoigne cette pétition envoyée au Préfet
signée par une cinquantaine de personnes:
"
Les habitants de la ville d'Ille ont recours à vous profondément émus qu'ils
sont de l'acte de vandalisme par lequel a été détruit le Portail de la Croix,
principale entrée de la ville, ordonné au pas de course, exécuté avec encore
plus de précipitation, terminé dans le cours d'une journée pour satisfaire le
caprice de trois ou quatre individus. Cette destruction s'est opérée si
promptement que les habitants n'ont pas eu le temps de présenter leur réclamations.
Chaque
population, Monsieur le Préfet, quelque petite qu'elle soit, est fière de posséder
quelque chose qui atteste l'antiquité de son origine. Le gouvernement ne vient-il pas lui
même recommander aux autorités locales la surveillance des anciens
monuments ? En voyant jadis le Portail qui vient d'être abattu, chaque passant
pouvait reconnaître à Ille plus de mille ans d'existence : voilà cependant ce
que vient de faire abattre Monsieur le Maire qui a bien prouvé par là le peu de
respect qu'il porte à nos antiquités. D'autant plus que
le
Portail qui vient d'être abattu avait été
réparé par le sieur Auguste Barescut à la satisfaction des habitants. Nous
venons Monsieur le Préfet remettre entre vos mains les intérêts de cette
ville, persuadés que vous lui ferez rendre les ornements qu'elle possédait,
c'est-à-dire
le Portail de la Croix qui vient d'être démoli et la Croix qui était vis-à-vis
et qui a toujours fait l'admiration des étrangers par son antiquité. (...)
(30
septembre 1839)
Le
maire n'a d'ailleurs pas l'approbation de tout son conseil municipal. Trois
membres envoient au Préfet leur propre protestation. Ainsi, contrairement aux
affirmations du maire, un ancien remarque que la porte ne gênait pas le passage
des voitures, une "charette
entrait par cette porte sans aucune gêne ".
On
apprend également que Barescut avait fait des réparations sur cette porte,
recrépi son embrasure, restauré la niche intérieure où se trouvait l'image
de la Vierge. Malgré tout les autorités déclarent que la porte "n'est
pas digne d'attention comme objet d'art ".
De
nombreuses traditions étaient liées au Portal de la Creu : le jour de la Fête-Dieu
on faisait annuellement sous cette porte un reposoir , le jour de Pâques on y
chantait la Regina et l'on dressait un autel : "usages auxquels
une grande partie de la population tenait beaucoup ". De plus cette
porte était paraît-il liée à un évènement glorieux de l'histoire illoise
dont on ne nous précise pas lequel.
Il
existait donc bien à cette époque un sens aigu de la défense du patrimoine
face aux tenants d'un urbanisme pas toujours très bien inspiré.
La
destruction de la porte de Porte Sainte Croix est regrettable, celle de
la Porte de l'Assalt, semble plus justifiée. Cet ouvrage modeste fut détruit
en 1879 à la suite d'une délibération municipale dont voici les considérants
:
"Considérant
que la vieille arcade qui reste de l'ancienne porte de l'Assat obstrue la rue de
la Barrere à son débouché sur le C. V et est un obstacle à la circulation
des voitures;considérant
qu'il importe d'ouvrir les artères dans les villes et bourg, et qu'un débouché
le plus large possible est nécessaire pour établir la circulation entre le C.V
et le centre de la ville;considérant
que le vieil arc en maçonnerie appartient à la commune, qu'il n'est d'aucune
utilité, qu'il tombe en ruines et pourrait en un temps donné être un danger
pour la sécurité publique ...Il
y a lieu de faire démolir l'arcade appelée Porte de l Assaut ".
(Délibérations
municipales, 29 mai 1879)
Une
autre erreur du siècle dernier a consisté, lorsque la route Nationale fut établie,
à laisser bâtir des immeubles contre la troisième muraille fortifiée, sur
l'emplacement des anciens fossés. Mais cette remarque s'applique de manière
tout aussi regrettable à propos de la deuxième enceinte, à laquelle divers
immeubles sont adossés ou encore établis sur ses fondations.
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Emile & Léon Delonca, Un village en Roussillon
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